Le recueil d’Aragon La Grande Gaîté illustré par Levalet.
Édition liée à l'exposition de Levalet "La Grande Gaîté" qui eut lieu du 26 mai au 9 septembre 2018 à la Maison Elsa Triolet-Aragon. 

 Titrés par antiphrase, écrits en 1926-1928, publiés en 1929, ces textes peu connus de La Grande Gaîté sont ceux du déchirement amoureux et du désespoir suicidaire, des tensions du surréalisme, de l’âpreté, de l’engagement politique. Ils constituent «une contre-poésie», dira Aragon, tant les ressources de la langue y sont mises à mal et parce que toute image poétique y est délibérément absente.

 

On voit bien qu’avec La Grande Gaîté, et par un calcul savant de ses outrances, Aragon cherche à inventer une nouvelle parole, une nouvelle poésie pour redonner vigueur à un surréalisme qui risquait alors de s’endormir sur les lauriers depuis dix ans cultivés de l’écriture automatique et de se perdre dans le merveilleux d’une rêverie qui risquait à la longue de sentir trop fort la fuite devant la brutale matérialité du réel. Et le voilà qui propose une esthétique du désastre et qui veut salir les mains du poème, pour qu’il n’oublie rien du monde dont il naît !

 

Il est frappant de constater que Levalet qui possède son Aragon et qui sait magnifiquement le lire a, lui aussi, remarqué la noirceur du propos qui fait du titre La Grande Gaîté une parfaite antiphrase. Il l’a traitée à sa manière, avec ses dessins : en jouant sur le noir de son encre de Chine, en la délayant comme pour enserrer ses figures dans le filet sombre de ses gris, comme pour l’arrière plan nuageux d’un ciel avant l’orage, en plaçant l’ensemble de son travail sous une dominante noire qui évoque le chaudron bouillonnant des passions humaines, trop humaines.

 

148 pages, Editions Hermann

La Grande Gaîté

15,00 €Prix