
PARCOUR POÉTIQUE de BRETIGNY-SUR-ORGE
Poèmes dans l'espace urbain
En partenariat et en co-construction avec la ville et les bailleurs sociaux, ce projet vise la création d’un parcours poétique composé de 10 points, implantés dans les jardins et espaces extérieurs du quartier des Ardrets.
L’installation prend la forme d’un parcours poétique composé de dix panneaux en plexiglas colorés et transparents sérigraphié d’extraits de poèmes.
Le parcours s’étend du city stade jusqu’au square, sur les pelouses et le long des chemins existants, s’intégrant harmonieusement au paysage. La sélection des textes répond à une volonté de parité entre poètes et poétesses, et mettra en lumière des auteurs et autrices d’origines étrangères, issus de différentes époques, du XVIᵉ siècle à aujourd’hui. Les poèmes choisis sont accessibles aux enfants et abordent le thème de la nature, invitant à la contemplation, à l’imaginaire et au voyage.
L’objectif est de surprendre les habitants, de provoquer une rencontre visible et inattendue avec la poésie, et de transformer le regard porté sur les espaces familiers.
Une sélection de 17 poèmes a été proposée aux habitants du quartier pour un grand vote participatif.
Les poèmes qui se révéleront être les préférés seront choisis pour faire partie des dix poèmes présentés dans le parcours poétique.


Tu as vu Rio, Buenos-Aires, l’Amazone et la Pampa, mais tu n’as peut-être pas regardé la vallée de la Rémarde … C’est comme ça qu’on va parfois chercher une femme et l’amour au diable Vauvert, quand vous avez votre bonheur à côté de vous (…) Un petit cours d’eau, plein, calme, immobile comme un canal et les saules qui pleurent de longues larmes vertes.
Elsa Triolet,
Le Rendez-vous des étrangers,
1956
Elsa Triolet (1897 - 1970)
Figure de la Résistance, journaliste et romancière, première femme récompensée par le prix Goncourt, Elsa Triolet est une écrivaine de premier ordre, à qui l’on doit une trentaine de romans et de traductions.
Elle est aussi connue pour être la muse du poète Louis Aragon et est donc au coeur de certain des plus beaux poèmes d'amour du XXeme siècle.
Eugène Guillevic (1907 – 1997)
est l’une des grandes voix de la poésie française du XXᵉ siècle.
Sa poésie est connue pour sa sobriété extrême, son dépouillement, et son dialogue avec les éléments : la pierre, la mer, le vent, l’espace.
Sa poésie est concise, franche et généreuse, tout en demeurant suggestive.
Dans Terre à bonheur, Guillevic rappelle avec force, lyrisme et conviction, que la terre est faite pour que les hommes y vivent heureux ; qu’elle est faite pour le bonheur.


Douceur
Je dis : douceur
Je dis : douceur des mots
Quand tu rentres le soir du travail harassant
Et que des mots t’accueillent
Qui te donnent du temps.
Car on tue dans le monde
Et tout massacre nous vieillit.
Je dis: douceur,
Pensant aussi
À des feuilles en voie de sortir du bourgeon
À des cieux, à de l’eau dans les journées d’été,
À des poignées de main
Je dis: douceur, pensant aux heures d’amitié,
A des moments qui disent
Le temps de la douceur venant pour tout de bon,
Cet air tout neuf,
Qui pour durer s’installera
Eugène Guillevic,
Terre à bonheur, 1952
Eugène Guillevic,
Terre à bonheur,
1952
Anna de Noailles (1876- 1933)
Grande figure mondaine de la Belle Époque, elle est l’une des premières femmes poètes à connaître un immense succès public en France. Elle entre à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique et reçoit de nombreuses distinctions. Sa poésie est inspirée par la nature, le désir, la vie, la ferveur d’exister.
Dans son recueil les Eblouissements, La nature n’est pas décorative : elle est source d’émerveillement. L’intensité révèle aussi la brièveté des choses.



Je méditais ; soudain le jardin se révèle,
Et frappe d’un seul jet mon ardente prunelle.
Je le regarde avec un plaisir éclaté ;
Rire, fraîcheur, candeur, idylle de l’été !
Tout m’émeut, tout me plaît, une extase me noie,
J’avance et je m’arrête ; il semble que la joie
Était sur cet arbuste, et saute dans mon cœur !
Je suis pleine d’élan, d’amour, de bonne odeur,
Et l’azur à mon corps mêle si bien sa trame,
Tout est si rapproché, si brodé sur mon âme,
Qu’il semble brusquement, à mon regard surpris,
Que ce n’est pas le pré, mais mon œil qui fleurit,
Et que, si je voulais, sous ma paupière close
Je pourrais voir encor le soleil et la rose…
Anna de Noailles
Les Eblouissements,
1907



Parcourir l’Arbre
Se lier aux jardins
Se mêler aux forêts
Plonger au fond des terres
Pour renaître de l’argile
Peu à peu
S’affranchir des sols et des racines
Gravir lentement le fût
Envahir la charpente
Se greffer aux branchages
Puis dans un éclat de feuilles
Embrasser l’espace
Résister aux orages
Déchiffrer les soleils
Affronter jour et nuit
Evoquer ensuite
Au cœur d’une métropole
Un arbre un seul
Enclos dans l’asphalte
Éloigné des jardins
Orphelin des forêts
Un arbre
Au tronc rêche
Aux branches taries
Aux feuilles longuement éteintes
S’unir à cette soif
Rejoindre cette retraite
Ecouter ces appels
Sentir sous l’écorce
Captives mais invincibles
La montée des sèves
La pression des bourgeons
Semblables aux rêves tenaces
Qui fortifient nos vies
Cheminer d’arbre en arbre
Explorant l’éphémère
Aller d’arbre en arbre
Dépistant la durée.
Andrée Chedid,
Tant de corps et tant d'âme,
1991
Née au Caire, d’origine libanaise ; elle s’installe en France en 1946. Poète, romancière et dramaturge, elle explore les thèmes de l’humanité partagée, du dialogue entre les cultures, de la paix, et de la transmission.
Son recueil Tant de corps et tant d’âme, Publié en 1991, rassemble des poèmes brefs et épurés où sont explorés le lien indissociable entre le corps et l’âme, le visible et l’invisible. La nature y apparaît souvent comme un espace de passage et d’équilibre, un lieu où l’humain retrouve sa mesure.
Selmieh selmieh
Pacifique pacifique
Ils sont sortis en chantant la paix
les torses nus et les mains propres
Houriah houriah
Liberté liberté
Ils ont manifesté en criant
la liberté torse nu et des roses dans les mains
Oui c’est un chant qui a fait trembler le cœur
solide de la peur
et fait tomber le masque du corbeau.
Maram al-Masri (1962)
Née en Syrie ; elle vit en France depuis les années 1980.
Sa poésie est intime, charnelle, engagée. Elle écrit sur le désir féminin, l’exil, la guerre en Syrie, la liberté. Elle donne voix aux femmes invisibles, aux amours empêchées, aux blessures de l’exil.
Dans ce recueil Elle va nue la Liberté, paru en 2013, Maram al-Masri y donne une voix aux femmes, aux mères, aux amoureuses, aux corps blessés par la violence.
La nature y apparaît parfois en contraste : ciel, lumière, colombe, vent… autant d’images fragiles face à la brutalité humaine. C’est un recueil engagé, mais profondément intime.
Maram al-Masri,
Elle va nue, la liberté
2013





Il y a dans le monde des jardiniers invisibles qui
cultivent les rêves des autres.
Jeanne Benameur,
Les Mains Libres,
2004
Jeanne Benameur - (1952)
Née en Algérie d’un père algérien et d’une mère italienne ; elle vit en France depuis l’enfance. Jeanne Benameur est surtout connue comme romancière, mais son écriture est profondément poétique. Elle travaille la langue du silence, de l’écoute, du souffle en explorant les thématiques de la mémoire, de l’exile et la transmission. La nature devient un lieu où l’on peut se réparer, se rassembler, respirer.
Livre : Les Mains Libres (2006) : Le récit explore le moment fragile où l’on décide de reprendre sa vie en main.
Rita Mestokosho est une poétesse, écrivaine et activiste innue née en 1966 à Ekuanitshit, au Québec. Première femme innue à publier un recueil de poésie, elle écrit en français et en innu-aimun. Sa poésie est profondément liée à la terre, au territoire, à la mémoire autochtone et à la défense de l’environnement, ce qu’elle retransmet dans son recueil publié en 2014, Née de la Terre et de la Pluie.


Rita Mestokosho
Née de la Pluie et de la Terre,
2014
J'aime son silence
J'aime sa voix
J'aime son reflet
J'aime l'invisible que je ne peux toucher
Mais que je sens avec force en moi.
Les arbres sont témoins de mon amour
Les rochers entendent encore aujourd'hui
L'écho de ma grande tendresse
Sur le ciel qui nous enveloppe.
Mon cœur est fait de branches de sapin
Entremêlées à toutes les saisons du monde.
Je dors pour mieux tapisser tes rêves
Et celui du chasseur en quête d'une terre
Où il pourra alimenter son envie d'être libre
De marcher en admirant les courbes des rivières
De nourrir sa faim et d'assouvir sa soif.
Je crois aussi en la force du destin
Je crois aussi en la confiance de demain
La patience d'attendre en admirant l'eau des chutes
En priant pour mon prochain.
Je deviens l'hiver pour me reposer
Je deviens le printemps pour rêver
Je deviens l'été pour briller.
Et je suis une femme d'automne
Née dans un univers qui est aussi le tien.


Le palier
Le soleil debout dans le vert
Avec les troupeaux frais
Réapprend pas à pas la rondeur du monde
Et l'équilibre au convalescent
Qui va sous sa propre chemise.
Main posée sur l'échine des jours
Il gravit lentement chaque marche du ciel
Jusqu'à ce palier derrière ta nuque
où ce qui est advenu
Et ce que tu attends
Partagent la même ombre
Ecrivain, Editeur et Poète belge majeur de langue française, Guy Goffette est souvent associé à une poésie du quotidien transfiguré. Chez lui, rien de spectaculaire : une rue, un café, une pluie d’automne… et il y fait jaillir une profondeur mélancolique. Il écrit avec une grande simplicité apparente, mais sous cette limpidité circule une nostalgie très fine, presque musicale.
Guy Goffette,
Solo d'ombres,
1983
Editions Gallimard


L’abeille va, vient, fouille, quête,
Travaille comme un moissonneur,
Et par moments lève sa tête
Et dit au nuage : flâneur !
Victor Hugo
Les chansons des rues et des bois,
1865
Victor Hugo
Naissance – mort : (1802 – 1885)
Figure majeure du romantisme français, Victor Hugo est à la fois poète, romancier et dramaturge. La nature est grandiose, vivante, presque sacrée. Elle reflète les états d’âme humains et incarne souvent une force cosmique : la mer, le vent, l’orage deviennent des puissances spirituelles.
Recueil : La chanson des rues et des bois : Il invite le lecteur à fuir le pavé des villes, à courir les champs de luzerne et à y guetter de jolies créatures.


Hirondelle qui pars aux Indes
Pourquoi me suivre si longtemps;
Pars sans me plaindre
Et bon vent.
Que la rose t’accueille
dans la douceur d’un matin bleu;
Oublie le pays lointain où il pleut
Et cet homme en larmes qui reste seul.
Tristan Klingsor,
l’escarbille d’or,
1921
Tristan Klingsor (1874 – 1966)
Poète symboliste et critique d’art, proche des milieux musicaux (il collabore notamment avec Ravel), il cultive une poésie raffinée et suggestive. La nature chez lui, Elle est esthétique, stylisée, musicale. Jardins, fleurs, paysages deviennent des décors sensibles, presque oniriques comme dans l’escarbille d’or ou le lecteur finit par s’envoler avec l’hirondelle.


Le monde change
quand deux amants, vertigineux et enlacés,
tombent dans l'herbe: le ciel descend,
les arbres s'élèvent,
l'espace n'est que lumière et silence,
espace ouvert à l'aigle de l'œil,
passe la blanche tribu des nuages,
le corps rompt ses amarres, l'âme lève l'ancre,
nous perdons nos noms et nous flottons
à la dérive entre le bleu et le vert,
temps total où ne se passe rien
que son propre écoulement heureux.
Octavio Paz
Pierre et Soleil, 1962 (Gallimard)
Traduction de Benjamin Péret
Né à Mexico, au Mexique, Octavio Paz, est un poète et essayiste majeur du XXᵉ siècle, prix Nobel de littérature en 1990. La nature est cosmique et métaphysique. Elle est liée au temps, au cycle, au désir, au soleil, à la pierre. Influencé par les cultures précolombiennes et le surréalisme, il fait de la nature un espace de révélation dans Pierre et Soleil.
Octavio Paz Pierre et Soleil, 1962 (Gallimard) Traduction de Benjamin Péret


Je n'ai jamais gardé de troupeaux,
Mais c'est tout comme si j'en avais gardé.
Mon âme est comme un berger,
Elle connaît le vent et le soleil
Et elle va guidée par la main des Saisons
Toute à suivre et à regarder'.
La paix entière de la Nature sans personne
Vient s'asseoir à côté de moi.
Mais moi je demeure triste comme un coucher de soleil
Selon notre imagination,
Quand l'air fraîchit tout au fond de la plaine
Et que l'on sent que la nuit est entrée
Comme un papillon par la fenêtre.
Mais ma tristesse est tranquillité
Parce qu'elle est naturelle et juste
Et qu'elle est ce qui doit se tenir dans l'âme
Dès lors qu'elle pense qu'elle existe
Et que les mains cueillent des fleurs à son insu.
Comme un bruissement de sonnailles
Par-delà le tournant de la route,
Mes pensées sont contentes.
Il y a que j'ai mal de les savoir contentes,
Parce que, si je ne le savais pas,
Au lieu d'être contentes et tristes,
Elles seraient joyeuses et contentes.
Penser gêne autant que marcher sous la pluie
Lorsque le vent s'accroît et que la pluie semble tomber plus fort.
Je n'ai pas plus d'ambitions que de désirs.
Être poète n'est pas une ambition pour moi.
C'est ma façon d'être tout seul.
Et si je désire parfois,
Pure imagination, être tendre agnelet
(Ou bien le troupeau tout entier
Afin d'aller éparpillé sur tout le coteau
En étant plus d'une chose heureuse en même temps),
L'unique raison en est que je ressens ce que j'écris au coucher du soleil,
Ou lorsqu'un nuage passe sa main par-dessus la lumière
Et qu'un silence court et fuit à travers les herbes.
Quand je m'assois écrivant des vers
Ou que, me promenant par les chemins et les sentiers,
J'écris des vers sur du papier qui se trouve dans ma pensée,
Je me sens une houlette dans les mains
Et je vois quelque silhouette de moi-même
Au sommet d'une colline
Regarder mon troupeau et voir mes idées,
Ou regarder mes idées et voir mon troupeau,
Et sourire vaguement comme qui ne comprend pas ce qu'on dit
Et veut faire mine de comprendre.
Je salue tous ceux qui me liront,
En leur tirant mon large chapeau
Quand ils me voient sur le pas de ma porte
Dès que la diligence se dresse sur la crête de la colline.
Je les salue et leur souhaite le soleil,
Et la pluie, quand la pluie est nécessaire,
Et que leurs maisons possèdent
Au coin d'une fenêtre ouverte
Une chaise de leur prédilection
Où ils puissent s'asseoir, tout en lisant mes vers.
Et à la lecture de mes vers puissent-ils penser
Que je suis une chose naturelle
Par exemple, l'arbre ancien
À l'ombre duquel encore enfants
Ils se laissaient tomber, las de jouer,
Pour y essuyer la sueur de leur front brûlant
Sur la manche de leur tablier à rayures.
Fernando Pessoa,
Le Gardeur de Troupeaux (1960),
Traduction de Armand Guibert
Fernando Pessoa (1888 – 1935)
est un poète majeur de la littérature portugaise, célèbre pour ses hétéronymes (Alberto Caeiro, Ricardo Reis, Álvaro de Campos…).
Le Gardeur de troupeau, est un recueil (écrit en 1914) est attribué à Alberto Caeiro, le “maître” des autres hétéronymes de Pessoa. Le livre adopte la voix d’un berger qui vit au contact direct de la nature. Mais ce n’est pas un berger romantique : Il célèbre une vision, simple, directe, transparente, immédiate et sans interprétation du monde.
Béni soit celui qui donna à l'imam Mohammed [V] un palais surpassant tous les autres par sa beauté parfaite. Voici le jardin qui contient de si éclatantes merveilles que Dieu ne permet pas qu'il en existe de semblable.
De la perle qui l'orne jaillissent dans les airs des ondées étincelantes.
Elles retombent en vif-argent, parmi les diamants incomparablement purs, blancs et transparents. Le fond du bassin évoque une masse de glace d'où l'eau s'écoule comme un solide au mouvement figé. Du bord de la fontaine, le flot ruisselle comme de longs canaux — larmes longtemps retenues échappant à une amante.
Cette fontaine est pareille à un nuage bienfaisant, dont les gouttes inonderaient les lions. Comme des récompenses ruisselant des mains du calife qui distribue les prises à ses lions de guerre, Les flots s'écoulent sur ces fauves qui rampent devant leur maître.
Ibn Zamrak - 1333 – 1393
Né à Grenade, dans le royaume nasride
d’Al-Andalus (actuelle Espagne musulmane). Poète et homme d’État andalou, proche du sultan Mohammed V de Grenade, Ibn Zamrak fut aussi vizir. Il incarne l’âge d’or culturel du royaume de Grenade au XIVᵉ siècle.
Il est surtout célèbre pour ses poèmes gravés dans les murs de l’Alhambra de Grenade. Ses vers ornent les palais, les fontaines et les arcades — la poésie devient architecture.
Dans la tradition andalouse, le jardin est une image du paradis. L’eau coule comme une parole vivante. Ses poèmes célèbrent l’harmonie entre pouvoir, beauté et nature.
Chez Ibn Zamrak, la nature n’est pas décorative : elle est sacrée, géométrique, lumineuse, intégrée à l’espace architectural.


Ibn Zamrak :
Poème du bassin des Lions
Offrons le globe aux enfants, au moins pour une journée.
Donnons-leur afin qu’ils en jouent comme d’un ballon multicolore,
Pour qu’ils jouent parmi les étoiles.
Offrons le globe aux enfants,
Donnons-leur comme une pomme énorme,
Comme une boule de pain toute chaude,
Qu’une journée au moins ils puissent manger à leur faim. Offrons le globe aux enfants
Qu’une journée au moins le globe apprenne la camaraderie,
Les enfants prendront de nos mains le globe
Ils y planteront des arbres immortels
Nazım Hikmet (1902 – 1963)
est l’un des plus grands poètes turcs du XXᵉ siècle.
Engagé politiquement, proche des idées communistes, il a passé de longues années en prison en Turquie avant de s’exiler. Il meurt à Moscou en 1963. Il modernise profondément la poésie turque en introduisant le vers libre et un ton direct, accessible, profondément humain.
La nature est vivante, fraternelle, solidaire des hommes. La nature n’est jamais isolée : elle est liée à la lutte, à l’espoir, à la liberté, à la pensée humaniste comme dans son recueil : C’est un dur métier que l’exil.




Gravir la dune
les bronches emplies
d’air marin
puis découvrir là-bas
le miroir bleu aux rides
crêtées d’écume
et son argent éblouissant
Descendre vers la plage
s’asseoir sur le sable
être cet infime témoin
de l’harmonie des couleurs
et de la matière
Regarder l’horizon
et rêver de partir
seulement rêver
Rien ne vaut
le voyage immobile
déchiré du cri soudain
de la mouette
Kamal Zerdoumi,
Jours d’été, 2018
Né au cours de l’été 1953 à Casablanca, Kamal Zerdoumi, de père algérien, et de mère juive sépharade, mère au foyer, entreprend, en 1973, des études de lettres modernes à l’université de Lille.
Il se lance dans l’écriture et est récompensé pour son recueil l’exil et la mémoire en 2011. Poète francophone, il explore les thèmes de l’identité, de la mémoire, de l’appartenance et du territoire.


C'est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d'incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes.
Rien n'est si précieux peut-être qu'on le croit
D'autres viennent. Ils ont le cœur que j'ai moi-même
Ils savent toucher l'herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s'éteignent des voix.
D'autres qui referont comme moi le voyage
D'autres qui souriront d'un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D'autres qui lèveront les yeux vers les nuages.
II y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l'aube première
II y aura toujours l'eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n'est le passant.
Louis Aragon (1897-1982)
Très engagé en littérature, il participe à la naissance du mouvement artistique Dada de même qu’à celle du surréalisme, qu’il théorise.
Ses poèmes se font connaitre du grand public grâce aux nombreuses adaptations musicales dont elles font l'objet. On les retrouve ainsi chantés par Georges Brassens, Léo Ferré ou encore Jean Ferrat. L’amour absolu, inspiré par sa femme Elsa Triolet, et l’action politique deviennent les leitmotivs de son écriture. Aragon veut assimiler l’écriture à une quête de soi.
Louis Aragon
Les yeux et la mémoire
Que la vie en vaut la peine


Adossée au littoral
la foule défile dans un flot bruyant,
entre remous et repos.
Sous le soleil
renaissent les sourires.
Sur la digue,
se brisent les souvenirs,
rêves apaisants
bercés par l’écume vibrante.
Chahuté par le vent,
Le temps n’est plus alors rien
Figé en une saison
dont le sable est le témoin.
Nadia Ben Slima,
2016
Nadia Ben Slima - XXᵉ siècle (date non largement documentée)
Poétesse francophone contemporaine, active dans les années 2010.
Sa poésie est sensible, fluide, très attachée aux images marines et lumineuses.
Elle travaille le souvenir, le passage du temps, les émotions intérieures à travers des paysages simples : mer, digue, vent, sable.
