Introduction et homélie de Mgr Aveline

 

Introduction

 

Chers amis,

 

Au nom de Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et Président de la Conférence des évêques de France, qui ne peut pas être avec nous ce matin, je vous souhaite la bienvenue dans cette cathédrale de Marseille pour la célébration eucharistique qui nous rassemble autour du Seigneur Jésus Christ à l’occasion des obsèques de Madame Edmonde Charles-Roux. Je salue d’abord sa famille et ses amis, ainsi que tous les représentants du monde des arts et de la culture, les élus et les responsables politiques, les soldats de la Légion étrangère, quels que soient leurs grades et leurs fonctions, les responsables de La Maison à Gardanne, pour lesquels j’ai moi-même une très grande reconnaissance, tous ceux qui l’ont accompagnée médicalement ces derniers mois en différents établissements, et vous tous, amis de Marseille et d’ailleurs, qui avez tenu à être présent ce matin pour rendre hommage à cette grande dame que fut Edmonde Charles-Roux.

 

C’est elle qui, croyante catholique, a souhaité que ses obsèques soient célébrées au cours d’une célébration eucharistique et qui avait demandé au P. Ottonello, curé de cette cathédrale et confident sur son chemin de foi, que cette célébration se déroule en ce lieu, là-même où, comme beaucoup d’entre nous s’en souviennent encore, elle avait organisé les obsèques de son époux, M. Gaston Deferre, tenant à ce que les représentants de toutes les religions y soient associés et offrant ainsi à sa chère ville de Marseille une occasion de coexistence interreligieuse qui s’épanouira plus tard, sous l’impulsion de M. Robert Vigouroux, et surtout ensuite grâce à vous, cher Monsieur le Maire, à travers toutes les réalisations de Marseille-Espérance.

Au début de cette messe, je souhaite accueillir tout particulièrement ceux d’entre vous qui ne partagent pas la foi des chrétiens. Soyez les bienvenus en cette cathédrale. Et que l’affection des uns, jointe à la prière des autres, nous donne de célébrer un bel et fervent hommage à celle qui nous a quittés.

 

Homélie

 

« Ce que vous avez fait au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

 

Ainsi parle Jésus, dans ce passage d’Évangile que nous venons d’entendre. Et quelques lignes plus loin, il reprend à l’envers les mêmes images : si vous n’avez pas secouru celui qui a faim, celui qui a soif, si vous n’avez pas accueilli celui qui est sans toit, vêtu celui qui est sans habit, si vous n’avez pas visité le malade et le prisonnier, alors à moi non plus, vous ne l’avez pas fait ! Et nous pressentons bien, surtout quand sonne l’heure de la mort, que ces paroles sont profondément vraies ! À quoi nous servirait, en effet, d’avoir été à la messe tous les dimanches, d’avoir récité des prières jour et nuit, d’avoir brillé devant les hommes par l’éclat de notre religiosité, si, dans le concret de notre existence, nous n’avons pas pris soin de ceux de nos frères qui étaient dans le besoin ? Car ce n’est pas sur l’apparence, et surtout pas sur l’apparence religieuse, que nous serons jugés, mais bien plutôt sur la réalité de notre vie, sur la bonté de notre cœur et sur la charité concrète de notre existence.

 

Dieu seul connaît le cœur d’Edmonde Charles-Roux et c’est en lui, qui est lent à la colère et plein d’amour, en lui qui est miséricordieux, qu’elle avait mis toute sa confiance. Elle savait que par-delà les tailleurs Chanel qui conféraient à son autorité naturelle une élégance et une distinction inoubliables, Dieu voyait le fond de son cœur et l’attendait là où se décide notre liberté, au rendez-vous de chaque rencontre avec « ces plus petits qui sont ses frères ». Comme chacune et chacun d’entre nous, Edmonde Charles-Roux a plus ou moins bien su répondre aux appels du Seigneur, lors des multiples rencontres qui ont jalonné son existence. Nous qui ne voyons que l’extérieur, nous pouvons témoigner de la force de ses convictions, respectables même si on ne les partageait pas toutes, et de la réalité de son courage, non seulement pendant la guerre mais aussi dans les nombreux engagements de sa vie professionnelle, associative et militante.

 

Sobre et ardente, indépendante et engagée, artiste et organisatrice, influente et insoumise, elle cultiva au long d’un siècle chaotique et merveilleux à la fois, une fidélité paradoxale à l’éducation qu’elle avait reçue et une volonté intrépide de transmettre ce qui avait peut-être été les repères les plus importants pour sa vie : le courage et la liberté. Nous qui sommes ici ce matin, nous pressentons bien ce que lui doivent et notre ville de Marseille, cette jumelle de Palerme à laquelle elle était tant attachée, et notre société française, qui semble avoir plus que jamais besoin de retrouver confiance en elle, confiance en ses artistes, confiance en ses écrivains, confiance en son génie propre, fait d’ouverture aux autres et d’esprit de résistance.

 

Prions donc ce matin, si vous le voulez bien chers amis, pour Edmonde Charles-Roux. C’était son souhait. C’est parce qu’elle avait confiance en Dieu qu’elle a voulu que nous nous rassemblions dans cette église pour prier et pour l’accompagner. Ce souhait, nous devons le recevoir comme un ultime cadeau d’une femme dont la longue vie fut une passion et un message. Ce cadeau, c’est cette parole du Christ qui redit à chacune et chacun de nous : « ce que tu fais ou ne fais pas pour chacun de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que tu le fais ou que tu ne le fais pas ». C’est-à-dire : prends soin des autres ! Ambulancière et infirmière, ce n’est pas que pour le temps de la guerre, car même dans le monde des artistes, il ne manque pas de blessés de la vie ! C’est-à-dire : ne te laisse pas tromper par la superficialité des choses ! Même la mode, qui semble n’être qu’apparence, est révélatrice de la profondeur de l’humain, si elle reste créatrice. Ne te laisse pas non plus balloter aux vents changeants des courants médiatiques ! Aie le courage de tes opinions, même si tu dois te faire virer de Vogue parce que tu as attaqué des préjugés racistes ! N’oublie jamais que le témoignage de ta vie est le plus solide argument de tes convictions. Recueille avec soin les biographies, l’histoire concrètes des gens, car elles sont le terreau où fleurissent les idées, transitent les cultures et se construisent les sociétés.

 

Et avant tout, cherche à faire fructifier le talent que Dieu t’a donné. Ne te gonfle pas d’orgueil, parce que tu sais bien que ce talent est d’abord un don. Mais n’aie pas peur d’engager toutes tes forces pour lui faire donner du fruit, car ce talent, qui est précisément le tien, Dieu ne l’a donné qu’à toi ! Et Dieu qui est tout-puissant a voulu pouvoir compter sur toi pour que tu fasses librement fructifier au service des autres le talent qu’il t’a donné.

Chers amis, que le Seigneur soit remercié de nous avoir donné en cadeau l’existence et le message d’Edmonde Charles-Roux. Qu’il lui pardonne tous ses péchés et qu’il nous aide nous aussi à savoir pardonner. Qu’il nous donne surtout de ne jamais oublier la douce exigence de l’Évangile, si souvent rappelée par notre pape François : « tout ce que vous ferez à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous le ferez » !

Amen !

 

+ Jean-Marc Aveline

Tags:

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

Posts à l'affiche

Journées du Patrimoine 2019

14/8/2019

1/10
Please reload

Posts Récents
Please reload

Rechercher par Tags
Please reload

Retrouvez-nous
  • Facebook Basic Square
  • Twitter Basic Square
  • Google+ Basic Square