La poésie à vol d'oiseau

à Saint-Arnoult-en-Yvelines

Printemps des Poètes 2017
Du 11 mars au 16 avril 2017
Printemps des poètes 2017
 
Mon pays

 

L’amour des champs et des taillis

Des chemins verts et ombreux

Des bois ordonnés et des jardins

Court dans mes veines,

Puissant amour de la distance gris-bleu

Courants bruns et ciels doux

Je le sais mais je suis incapable de le partager

Mon amour est autre.

J’aime un pays brûlé de soleil

Une terre de vastes plaines,

De chaînes de montagnes irrégulières

De sècheresses et de pluies torrentielles.

J’aime ses horizons lointains;

J’aime sa mer couleur émeraude

Sa beauté et sa terreur

Cette immense terre marron pour moi !

Tragique sous la lune

Les montagnes embuées de saphir

Le soupir doré de la chaleur de midi.

L’enchevêtrement vert des hautes herbes ;

Où les bobines souples des lianes

Et les orchidées ornent le sommet des arbres

Et tapissent comme la fougère le sol sombre et tiède.

Cœur de mon être, mon pays !

Son ciel bleu sans pitié

Lorsque, le cœur serré, autour de nous

Nous voyons le bétail mourir.

Mais quand les nuages gris s’assemblent

Et que nous pouvons à nouveau bénir

Le roulement de tambour d’une armée,

La placide, ruisselante pluie.

Cœur de mon être, mon pays !

Nation de l’arc-en-ciel d’or

Pour l’inondation et le feu et la famine,

Il nous le rend au centuple

Tout au long des pâturages poussiéreux

Regarde, après tant de jours

Le fin voile de verdure

S’amincissant à mesure qu’on le fixe.

Un pays au cœur d’opale

Une terre insoumise et généreuse –

Vous tous qui ne l’avez pas aimé

Vous ne comprendrez jamais –

Bien que la terre possède de nombreuses splendeurs,

Où que je meurs

Je sais vers quel pays marron

Mes pensées s’en retourneront.

Dorothea Mackellar

Australie, Sidney

16999 km

 
Encre lavande

 

Tiens, la voilà : miss Béate, somnolant

à l’ombre d’un parasol Campari. A côté d’elle,

un bouquin – quelque chose de brillant : Callimaque,

disons, imprimé dans une élégante typo vénitienne –

lu à moitié (et il reste encore

les métaphores les plus osées !),

un verre de gin, buée froide

fleurissant sur le cristal. L’air

caresse sa peau

et la hi-fi du voisin joue

« I Can’t Get Started » dans un recoin

lointain de l’après-midi.

Voiliers sur l’eau.

Tintements de glaçons.

Je t’imagine lisant ces lignes,

redécouvrant Sydney

dans un millier d’années, sans

comprendre tout de suite : tu auras raté

la délicate gueule de bois, le murmure distant

de la ville, l’odeur de cette encre

séchant sur la page.

​​

John Tranter

Australie, Cooma

16985 km

 
L'Australie aborigène

 

Aux autres

Tu as une fois souri d’un sourire amical

Dit que nous étions une liés les uns aux autres

Ainsi par la ruse pour un instant

Tu es devenu pour moi un frère.

Puis tu as miné le chemin de mon bonheur,

Arrachés mes enfants de mon sein,

Fermé les codes de loi d’un coup sec, oh ma tristesse

Au reniement de l’appel de Yirrakala.

Et je me souviens des collines du lac Georges

Les os fragiles du peuple ;

la mort soudaine, et l’avarice qui tue,

Qui t’a donné église et clocher.

Je pleure encore sur les hommes de Warrarra,

Ayant quitté parents et amis,

Et je me demandais quand je trouverais un stylo

Pour sonder ton âme aux tâches de rousseur.

Je portais encore le deuil de la tribu de Murray

Partie elle aussi sans laisser de traces.

Je pensais à la diatribe des soldats

Au sourire sur le visage du gouverneur.

Tu m’as assassiné avec une corde, avec un revolver

Le massacre de mon enclave,

Tu m’a brûlé profondément sur la piste McLarty

Jeté dans la fosse commune ;

Tu m’as maintenu avec le Christ, le ruban rouge,

Le tabac, l’alcool et la peur

Puis la maladie et le viol

Tout au long de ses années brutales.

A présent, tu dis bien sagement que tout cela était justifié

Et tu chantes la gloire de la nation,

Mais moi je pense au peuple crucifié-

La véritable histoire australienne.

Jack Davis, Australie, Yarloop, 14376,19 km

Australie, Yarloop

14376 km

 
 
Une belle journée

Après la pluie, le soleil

Brille sur la colline et la prairie herbeuse,

Vole dans le jardin, enfant,

Tu es si content en effet.

 

Des jours qui furent si monotones,

Oh, si particulièrement sombres et terrifiants,

Tu m’avais dit : « M. Soleil

Avait-il oublié que nous vivions ici ».

 

La rosée sur le carré de lys,

La rosée sur les parterres du jardin ;

Délicatement de toutes les feuilles

Éclatent les têtes des petites primevères.

 

Et les violettes dans le taillis

Avec leur ombrelle de vert

Te jettent un regard furtif ;

Elles sont les plus bleues que tu aies vues.

 

Sur les lilas un oiseau

Chante d’abord une petite note,

Alors un jaillissement de chanson heureuse

Enfle de sa gorge dressée.

 

Ô le soleil, le confortable soleil !

C’est la chanson que tu dois chanter.

« Merci pour les oiseaux, les fleurs,

Merci, soleil, pour tout. »

Kathrine Mansfield

Nouvelle-Zélande, Wellington

 19051 km

Le cheval roux ou les intentions humaines

Nous marchions sur la mousse de la forêt, avec ses arbres hauts et larges. La vue des hêtres me rendit triste comme si c’étaient des pierres tombales : nous en avions dans notre bois du moulin, c’étaient les plus beaux, les plus énormes hêtres que j’aie jamais vus...  Il y en avait surtout deux, argentés, gigantesques, surplombant de loin le moulin, agrippés à la terre par des racines apparentes, ondulées, crochues, pattes à griffes de bêtes antédiluviennes. Les branchages s’en allaient si loin qu’on avait peine à croire qu’ils appartenaient à ces deux arbres- là. Sous cet univers de verdure, nous avions installé une table et un banc de pierre. Je disais alors à qui voulait l’entendre, que je souhaitais être enterrée là, sous ces hêtres, à côté de Louis : ils nous serviraient de pierres tombales, il y en avait deux. La loi interdisait, paraît-il, de se faire enterrer chez soi, mais un souhait est un souhait.

Elsa Triolet

Russie, Moscou

2531 km

 
Sans mot dire

Soir de tilleul Été

On parle bas aux portes

Tout le monde écoute mes pas

les coups de mon cœur sur l’asphalte

Ma douleur ne vous regarde pas

Œillère de la nuit Nudité

Le chemin qui mène à la mer

me conduit au fond de moi-même

A deux doigts de ma perte

Polypiers de la souffrance

Algues Coraux Mes seuls amis

Dans l’ombre on ne saurait voir l’objet de mes

plaintes

Une trop noire perfidie

L’INTRIGUE (Air connu)

Cette racine est souveraine

GUÉRIT TOUTE AFFECTION

Louis Aragon

France, Paris

 55,9 km

 
-

Des petites feuilles vertes-

L’hiver n’est plus.

Sillonnons

                 Les étendues proprettes

Et moi,

            Et toi,

                       Et nous.

La rue est en joie,

Lavée par le printemps,

Nous défilons au pas,

Et nous,

            Et toi,

                       Et moi.

Vladimir Maïakovski

Géorgie, Baghdati

 2531 km

France, Nice, 941,1 km

 
-

Il meurt lentement

celui qui ne voyage pas,

celui qui ne lit pas,

celui qui n’écoute pas de musique,

celui qui ne sait pas trouver

grâce à ses yeux.

 

Il meurt lentement

celui qui détruit son amour-propre,

celui qui ne se laisse jamais aider.

 

Il meurt lentement

celui qui devient esclave de l'habitude

refaisant tous les jours les mêmes chemins,

celui qui ne change jamais de repère,

Ne se risque jamais à changer la couleur

de ses vêtements

Ou qui ne parle jamais à un inconnu

 

Il meurt lentement

celui qui évite la passion

et son tourbillon d'émotions

celles qui redonnent la lumière dans les yeux

et réparent les coeurs blessés

 

Il meurt lentement

celui qui ne change pas de cap

lorsqu'il est malheureux

au travail ou en amour,

celui qui ne prend pas de risques

pour réaliser ses rêves,

celui qui, pas une seule fois dans sa vie,

n'a fui les conseils sensés.

 

Vis maintenant !

 

Risque-toi aujourd'hui !

 

Agis tout de suite!

 

Ne te laisse pas mourir lentement !

 

Ne te prive pas d'être heureux !

Pablo Neruda

Chili, Santiago del Chili, 11617 km

 
 
Errer, errer

(in Un siècle de poésie mexicaine, traduction, choix et présentation par Claude Beausoleil, Paris, Points, 2009)

Placer un pied sur terre

me porter sans aucun doute vers la fin du monde ;

un petit pas après l’autre, liant une âme à l’autre,

comme quand je ne pouvais pas aller à l’école

et me lançais dans une promenade enchantée.

 

Il me semble toutefois

que cette dernière heure de l’après-midi m’appartient.
L’étrange transparence de cet air

me pousse vers ces monts

qui toujours restent là-haut,

dissimulant la possible voile lus vaste.

 

Je ferme tour à tour les yeux

afin de déconcerter l’horizon.

Je pourrais facilement me perdre dans le rêve maquillé par les souvenirs.

Je dois convenir, sans prétention, que la vie est ainsi.

 

Je suis ici avec mon cœur encore une fois volant

en ronds au-dessus du marché des esclaves.

Jamais la vie ne me suffira,

il m’est impossible d’aimer d’un seul coup  toute cette pedaceria.

 

Je dois étendre ma jambe

étendre la veine,

bouger le muscle du futur ;

personne ne peut dire de quoi est faite la vie,

ni le busard difforme qui m’attend

ni le papillon d’élevage resté enfermé derrière la vitre du pare-brise.

Pourquoi je ne sais pas

si la vie est toujours venue à mes côtés

mais chaque fois j’ai tenté de l’attraper par la cheville.

Alejandro Aura

Mexique, Mexico

9184 km

La voix dans l'orme

(in Ariel, présentation et traduction par Valérie Rouzeau, Paris, Gallimard, édition de 2011)

Je connais le fond, dit-elle. Je le connais par le 

pivot de ma grande racine :

C'est ce qui te fait peur. 

Moi je n'en ai pas peur : je suis allée là-bas.

                                                     

Est-ce l'océan que tu entends en moi,

Ses griefs, ses insatisfactions?

Ou la voix du néant qui un jour t'a rendue folle?

 

L'amour est une ombre.

Tes pleurs, tes mensonges ne sauraient le retenir

Ecoute : ce sont ses sabots : il s'est enfui comme un cheval.

 

Toute la nuit je galoperai avec la même fougue,

Jusqu'à ce que ta tête soit une pierre, ton oreiller 

un champ de courses

Où l'écho viendra retentir.

 

A moins que je ne t'apporte le bruit sourd d'un poison?

Voici la pluie, et ce calme énorme est

Son fruit, couleur de fer-blanc, comme l'arsenic.

 

J'ai subi les atrocités des couchers de soleil, 

Me suis desséchée jusqu'à la racine

Et mes fibres brûlent, et je lève une main de barbelés rouges.

 

J'explose et mes éclats volent comme des massues. 

Un vent d'une telle violence 

Ne tergiverse pas : il faut que je hurle.

 

La lune non plus n'a pas de pitié : elle voudrait 

m'attirer

A elle, stérile et cruelle. 

Sa splendeur me foudroie. Ou peut-être est-ce moi 

qui l'ai attrapée.

 

Je la laisse partir. Je la laisse partir

Plate et diminuée comme après une cure radicale.

Combien de tes mauvais rêves me possèdent, me

ravissent. 

 

Je suis cette demeure hantée par un cri. 

La nuit, ça claque des ailes

Et part, toutes griffes dehors, chercher de quoi 

aimer.

 

Je suis terrorisée par cette chose obscure

Qui sommeille en moi ;

Tout le jour je devine son manège, je sens sa douceur

maligne.

 

Des nuages passent et se volatilisent. 

Sont-ils les visages de l'amour, ces disparus livides?

Est-ce pourquoi j'ai le coeur bouleversé?

 

C'est là toute l'étendue de ma connaissance.

Qu'est-ce donc maintenant que ce visage

Sanguinaire dans son étranglement de branches? - 

 

Son sifflement de serpents acides

Pétrifie la volonté. C'est la faille isolée, l'erreur lente

Qui tue, qui tue, qui tue. 

Sylvia Plath

Etats-Unis, Washington

 6154 km

 
 
-

Le courage ne crie pas toujours.

Parfois, il est la petite voix qui te chuchote à la fin de la journée :

j’essayerai encore demain.

Emily Dickinson

Etats-Unis, Amherst

 5613 km

Buvant seul sous la lune

(in Les yeux du dragon, Anthologie de la poésie chinoise, traduit et présenté par Daniel Giraud, Paris, Points, 1993)

 

Un pichet de vin au milieu des fleurs,

Je bois seul, sans compagnon

Levant ma coupe je convie la lune claire

Avec mon ombre nous voilà trois

La lune hélas ! Ne sait pas boire,

Et mon ombre ne fait que me suivre

Compagnes d’un moment, lune et ombre,

Réjouissons-nous, profitons du printemps

Je chante, la lune musarde

Je danse, mon ombre s’égare

Encore sobres ensembles nous nous égayons

Ivres chacun s’en retourne

Mais notre union est éternelle, notre amitié sans limite

Sur le Fleuve céleste là-haut nous nous retrouverons

Le courage ne crie pas toujours.

Parfois, il est la petite voix qui te chuchote à la fin de la journée :

j’essayerai encore demain.

Li Po

Chine, Beijing

8269 km

 
 
-

 

Sur le chemin des rêves

Mes pieds ne connaissent pas le repos

Suivant constamment ta trace,

En réalité, un seul regard :

Ce n’est même pas ce que j’ai obtenu de toi.

Ono no Komachi

Japon, Kyoto

9657 km

La corbeille de fruits

Toujours, tu te tiens solitaire par delà les ondes de mes chants.

Les vagues de mes harmonies baignent tes pieds,

mais je ne sais comment les atteindre.

Et ce que je joue pour toi est une musique trop lointaine.

C'est la douleur de la séparation qui s'est faite mélodie : elle chante par ma flûte.

Et j'attends l'heure où ta barque traversera l'eau jusqu'à mon rivage,

et où tu prendras ma flûte dans tes mains.

 

Écoute, mon coeur ; dans cette flûte chante

la musique du parfum des fleurs sauvages,

des feuilles étincelantes et de l'eau qui brille;

La musique d'ombres sonores, d'un bruit d'ailes

et d'abeilles.

La flûte a ravi son sourire des lèvres

de mon ami et le répand sur sa vie.

 

Cet amour entre nous n'est point un simple

badinage, mon aimé.

Encore et encore les nuits rugissantes

des tempêtes se sont abattues sur moi,

éteignant ma lumière ;

des doutes noirs se sont amassés, effaçant toutes les étoiles de mon ciel.

Encore et encore les digues ont été rompues, laissant les flots balayer mes moissons,

et les plaintes et le désespoir ont déchiré mon ciel de part en part.

Et j'ai appris que dans votre amour,

il y a des coups douloureux, mais jamais

l'apathie glacée de la mort.

Rabindranath Tagore

Inde, New Delhi

6631 km

 
Hier

 

J'ai fermé la porte de ma chambre avec la prime étoile

J'ai tiré l'unique rideau et j'ai dormi avec ses lettres

Et voilà l'oreiller mouillé et les mots pleins

 

je suis magicien, son nom est encens et encensoir

je suis magicien, elle est étincelles et temple aux primes braises

je m'étends dans l'épaisseur de la fumée

je dessine les signes

je jette un charme à sa blessure

L'efface avec ma peau

O toi blessure ô enfer éclairant

Ô toi blessure ô mort ma familière

 

Dans la blessure il y a des tours avec des anges

Une rivière ferme ses portes, des herbes marchent

Un homme se dénude

Il effeuille la myrte sèche et il rend grâces,

L'eau tombe goutte à goutte sur sa tête,

Il se prosterne et disparaît

 

je rêve -

Je lave la terre jusqu'au miroir

je la frappe d'une muraille de nuages d'une haie de feu

Et je bâtis une coupole de larmes je les façonne

 

Que m'as-tu préparé comme ultime cadeau ?

« - Ma chemise, celle qui le jour des noces nous entourait.

Et je descendrai avec toi dans la tombe

Pour te rendre facile la mort de l'amour

 

te mélange avec mon eau et je te donne à boire à la mort

je te donne mon bien : la tombe et la gratuité de la mort. »

 

Une fois je l'ai vue sur la terre un flacon

Mer qui se penche

Pleine de conques et créatures réincarnées

 

Oiseaux et ailes

Et lors j'ai dit

Que la transparence de femme soit la transparence du ciel

Que le monde devienne une pierre de sexe

 

Et je la verrai mer qui se penche

J'aimerai son écume et creuserai pour elle un coin près

de mon œil

 

je jurerai aux vagues qu'elles sont mes voisines

Promenant selon leur sel mes angoisses

Elles veillant avec moi ou s'endormant

Lisent en moi leur propre écho :

Il dit : (Tu es ange et tu ne vois que sous la peau

C'est entre toi et l'ange l'unique ressemblance

Ne veux-tu découvrir le continent des profondeurs?

Donc, abandonne

À quelque autre que toi le continent des cimes.)

Adonis

traduction de Martine Faideau, 2001

Syrie, Damas

3292 km

 
Le totem

 

Il me faut le cacher au plus intime de mes veines

L’Ancêtre à la peau d’orage sillonnée d’éclairs et de foudre

Mon animal gardien, il me faut le cacher

Que je ne rompe le barrage des scandales.

Il est mon sang fidèle qui requiert fidélité

Protégeant mon orgueil nu contre

Moi-même et la superbe des races heureuses ...

Léopold Sédar Senghor

Sénégal, Dakar

4169 km

 
Prophétie

 

où l'aventure garde les yeux clairs
là où les femmes rayonnent de langage
là où la mort est belle dans la main comme un oiseau
saison de lait
là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe
de prunelles plus violent que des chenilles
là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois

là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux

là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d'une ruche
plus ardente que la nuit
là où le bruit de mes talons remplit l'espace et lève
à rebours la face du temps
là où l'arc-en-ciel de ma parole est chargé d'unir demain
à l'espoir et l'infant à la reine,

d'avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
d'avoir gémi dans le désert
d'avoir crié vers mes gardiens
d'avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes

je regarde
la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
de la scène ourle un instant la lave
de sa fragile queue de paon puis se déchirant
la chemise s'ouvre d'un coup la poitrine et
je la regarde en îles britanniques en îlots
en rochers déchiquetés se fondre
peu à peu dans la mer lucide de l'air
où baignent prophétiques
ma gueule
ma révolte
mon nom.

Aimé Césaire

Martinique, Fort-de-France

6886 km

Quel oiseau ivre

Quel oiseau ivre naîtra de ton absence

toi la main du couchant mêlée à mon rire

et la larme devenue diamant

monte sur la paupière du jour

c'est ton front que je dessine

dans le vol de la lumière

Tahar Ben Jelloun

Maroc, Rabat

1775 km

 
 
-​

 

Nous reviendrons
Avec la parole
Seule
Dressée comme un éclair
Ténu
Avec le pain
Seul
Pétri de larmes
Et de sang
Versés
Avec une symétrie
De soleil
Pur

Nous reviendrons
Demain
Nous joindre à l’homme
Anonyme
Frémissant dans la nuit
Sur ma terre de bise
Et de froidure
Cruelle
Ma ville en ruine
Se redressant à l’horizon
En flammes
À la densité de notre faim
Quotidienne

Nous reviendrons
Avec nos montagnes
Aux espaces inaccessibles
Et mon chant d’accusation
Armé de pierres de fleuves
D’arbres de présences invisibles
Nos morts qui surgissent
Du sol
Avec leur haine sans recul
Comme autant de tempêtes
Vienne l’heure de la levée
En masse
Vienne l’heure
La colère de mon peuple
Semée de guérilla
Vienne la trame tissée
De nos souffrances
Contre la Négritude lasse

Nous sortirons des forêts
Les plus larges
Dans l’immensité sonore
De ma terre polie de sang
Avec notre cri de syllabes
Denses
Face à la mort
Qui patrouille dans la nuit.

Paul Dakeyo

Cameroun, Yaoundé

5059 km

A travers temps et fleuve​

Un jour il faudra se prendre

marcher haut les vents

comme les feuilles des arbres

pour un fumier pour un feu

qu’importe

d’autres âges feront de nos âmes

des silex

gare aux pieds nus

nous serons sur tous les chemins

gare à la soif

gare à l’amour

gare au temps

nous avons vu le sable

nous avons l’écueil

qui l’ignore

nous avons les fleuves et les arbres

qui le dira

nous avons cru

nous avons cru

qui le niera

nous avons pris des carpes plein nos filets

il suffisait d’un coup de pouce

le monde était sauvé par le silence

Tchicaya U Tam'si

Congo Brazzaville, Mpili

6016 km

 
 

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TOUS LES JOURS

14:00- 18:00 

Fermeture annuelle aux publics individuels du 2 décembre 2019 au 31 janvier 2019 inclus.

Le parc et les expositions sont ouverts aux publics individuels tous les jours de 14h à 18h. 

Les appartements sont ouverts seulement durant les visites guidées. Les visites commentées de l'appartement-musée ont lieu les samedis, dimanches et jours fériés de 14h à 18h.

En semaine, une seule visite commentée à 16h. 


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Rue de Villeneuve

78730 SAINT-ARNOULT-EN-YVELINES

TEL

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